0018 Galanthus nivalis Introduction
À la sortie de l’hiver, nos yeux sont attirés par les tentatives audacieuses de la nature pour égailler le manteau neigeux que revêtent les montagnes. Ce sont d’abord quelques fleurs timides qui pointent le bout de leurs pétales sur les talus à basse altitude exposés au sud. Puis, en quelques jours ou semaines, ces pieds épars se transformeront en bouquet et tapis qui raviront les premiers randonneurs à pied ou les derniers raquettistes. Parmi ces fleurs, une est particulièrement reconnaissable et typique : la perce-neige. Ne vous y trompez pas, sous son air fragile, cette petite plante cache un caractère des plus rustiques !

 

 

1. Classification

  • Règne : Plantae0018 Galanthus nivalis planche anatomique
  • Sous-règne : Tracheobionta
  • Division : Magnoliophyta
  • Classe : Liliopsida
  • Sous-classe : Liliidae
  • Ordre : Liliales
  • Famille : Liliaceae
  • Genre : Galanthus
  • Espèce : Galanthus nivalis L.
  • Étymologie : du grec gala signifiant « lait », anthos signifiant « fleur » et nivalis signifiant « des neiges ».

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2. Une vie principalement souterraine

La perce-neige (Galanthus nivalis) est une plante vivace de 15 à 25 cm de hauteur qui se caractérise par une période d’activité très courte et précoce dans l’année. Elle passe la majeure partie de sa vie sous forme d’un bulbe enterré quelques centimètres sous la surface du sol, et ne se révèle qu’entre fin janvier et fin mai, voire fin juin en altitude. Cette phénologie décalée est caractéristique des plantes dites vernales. Du latin vernus signifiant « printanier », ces espèces fleurissent de fin janvier à mai. D’autres espèces vernales sont bien connues : l’ail des ours (Allium ursinum), l’anémone des bois (Anemone nemorosa), la jacinthe des bois (Hyacinthoides non-scripta) ou encore la nivéole de printemps (Leucojum vernum).

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3. Pourquoi fleurir si tôt ?

Comme beaucoup d’espèces vernales, la perce-neige pousse principalement en sous-bois feuillus ou mixtes feuillus-conifères. Le problème pour ces plantes herbacées se développant au ras du sol est l’accès à la lumière car les rayons du soleil nécessaires à la photosynthèse sont interceptés par les feuilles des arbres du printemps à l’automne. Avoir un cycle de développement qui précède d’un à deux mois celui des arbres garantit aux plantes vernales un accès à la ressource lumineuse, avant la mise en place des feuilles.

Galanthus-nivalis-Sous-Bois-vernale-lumiere-ombre

Ainsi, entre les froids hivernaux et le débourrement des arbres, la perce-neige devra se développer, photosynthétiser, accumuler des réserves et se reproduire ; seulement quelques semaines d’activité intense avant de retourner en dormance pendant presque 8 mois.

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4. Focus sur le cycle de vie

Galanthus-nivalis-abeille-pollen-fecondation-reproduction

Le bulbe souterrain de la perce-neige se distingue par ses trois écailles et renferme essentiellement les réserves nécessaires à la production de l’appareil aérien et des racines. Ces réserves ont été constituées grâce à l’activité photosynthétique de l’année précédente et sont constituées majoritairement d’hydrates de carbone, autrement dit des sucres. Fin janvier – début février, ce bulbe produit deux feuilles vert glauque, linéaires et obtuses, d’un centimètre de large pour 10 à 15 centimètres de long. Les fleurs se développent quasi simultanément aux feuilles grâce aux réserves carbonées et à l’énergie produite par la photosynthèse des feuilles. Chaque fleur est portée par une hampe propre de 15 à 25 cm de hauteur. La partie stérile de la fleur – aussi appelée périanthe et composée des pétales et des sépales – est presque entièrement blanche. Chez les espèces monocotylédones telles que la perce-neige, le périanthe est composé de six éléments : trois pétales et trois sépales, regroupés parfois sous le nom générique de tépales. Chez la perce-neige, les sépales sont environ deux fois plus longs que les pétales qui, eux, ont une extrémité verte.

 

Galanthus-nivalis-petales-nectar-abeille

La fleur s’ouvre en matinée et se referme en fin d’après-midi, période durant laquelle les insectes et notamment les abeilles peuvent la butiner. Cette reproduction sexuée implicant des insectes est dite entomogame. Pour attirer les pollinisateurs, les pétales produisent du nectar sur leur face interne. Ces zones de production sont facilement visibles à l’œil nu et correspondent à des lignes vertes longitudinales. Notons ici que la fleur produit également des composés volatiles odorants pour attirer les insectes. Les populations d’insectes étant plus basses en hiver qu’en été, l’odeur des fleurs vernales doit porter plus loin et est souvent plus forte que celle des plantes estivales. Lors de son passage sur la fleur, l’insecte butineur se frotte aux étamines (organe reproducteur mâle) emporte sur son corps une partie du pollen qu’il déposera plus tard sur le gynécée ou pistil (organe reproducteur femelle) d’une autre fleur, assurant ainsi une fécondation inter-individus et un brassage génétique. Le fruit est une capsule à trois valves qui arrive à maturité de mars à avril.

Jusqu’à la mise en place des feuilles des arbres, les parties aériennes de la perce-neige assurent la photosynthèse pour engranger de nouvelles réserves, indispensables au bon déroulement du prochain cycle de développement. Ces parties aériennes mourront dès le débourrement des arbres et la fermeture de la canopée.

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5. La nivéole de printemps : une cousine trompeuse !


Le terme vernaculaire de Perce-neige est très ambigu car il désigne plusieurs espèces de la famille des Liliacées qui en compte environ 800. Cette famille contient en particulier les espèces du genre Galanthus, qui constituent les perce-neige au sens strict. D’autres genres, tels que Leucojum ou Acis (nivéoles en français), peuvent être confondus avec les Galanthus du fait de leurs ressemblances morphologiques et phénologiques. Parmi ces espèces, l’une est particulièrement présente en France : la nivéole de printempsComment distinguer la perce-neige (Galanthus nivalis) de sa cousine ?

  • Galanthus-nivalis-Leocojum-vernum-comparaison-sepales-petalesMorphologie : de taille et d’aspect général proches, la différence la plus évidente entre les deux espèces se situe au niveau de la fleur, et plus précisément du périanthe. Chez la perce-neige, les sépales sont deux fois plus longs que les pétales, alors qu'ils ont la même longueur chez la nivéole de printemps. Une différence majeure qui permet de ne pas les confondre !
  • Répartition spatiale : selon où vous habitez, vous aurez plus de probabilité de rencontrer l’une ou l’autre des deux espèces. Les deux espèces sont fréquentes dans le nord-est de la France, en Lorraine, Alsace et Bourgogne, ainsi que sur la Côte de la Manche au nord-est de la péninsule du Cotentin. Si vous croisez une de ces plantes dans le Massif Central, les Pyrénées, sur la côte méditerranéenne ou dans le grand ouest français, il y a de fortes chances pour que ce soit la perce-neige. A l’inverse, la nivéole printanière domine dans le Jura et les Alpes du Nord.

Voir la carte de répartition de Leucojum vernum en France

  • Date de floraison : la perce-neige fleurit plus tôt dans l’année que les nivéoles, méritant ainsi sa réputation de perceuse de neige ! Bien que quelques variations puissent être observées entre les années en lien avec des différences de climat, les Galanthus fleurissent à partir de fin janvier et jusqu’en mars. Malgré leur nom faisant explicitement référence à la neige, les nivéoles n’apparaitront que 2 à 5 semaines plus tard selon les endroits, généralement après la fonte du manteau neigeux.

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6. Culture en jardin

Les Liliacées vernales sont très appréciées en ornement du fait de leur floraison précoce et de leur rusticité qui ne demande que peu d’attention au jardinier. Si Galanthus nivalis semble être l’espèce la plus souvent utilisée, beaucoup choisissent aussi la perce-neige géante (Galanthus elwesii) qui est tout aussi rustique mais plus grande. Cette espèce n’est pas présente naturellement en France et provient de l’Europe du sud-est : Bulgarie, Grèce, Turquie, Ukraine et ancienne Yougoslavie.

En plus de ces deux espèces, plus de 500 cultivars, sélections et croisements aux formes et périodes de floraison variées sont aujourd’hui disponibles dans le monde. En France, seules Galanthus nivalis, sa forme double et Galanthus elwesii sont trouvables. Les collectionneurs et fournisseurs anglais proposent un choix plus large de variétés.

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7. Une alliée pour lutter contre la maladie d’Alzheimer

Galanthus-nivalis-alzheimer-maladie-galathamineLes espèces du genre Galanthus sont avant tout toxiques ! Leur bulbe contient des alcaloïdes qui agissent sur le système digestif et les centres nerveux, provoquant des troubles digestifs, des douleurs abdominales et une paralysie. Il s’agit d’un mécanisme de défense contre les animaux, notamment les rongeurs, qui voudraient se nourrir du bulbe durant l’hiver. Mais dosés avec soin, ces alcaloïdes ont des usages thérapeutiques. La galanthamine est utilisée pour traiter les formes légères à modérées de la maladie d'Alzheimer. On la retrouve sous le nom de Réminyl, médicament commercialisé par le laboratoire Janssen Cilaq.

Vers 1200 avant J.-C., Ulysse utilisa la galanthamine sur les conseils du dieu polypharmacien Hermès pour contrer l’effet de l’atropine présent dans les aliments du banquet empoisonné de la sorcière Circé. La perce-neige apparait sous le nom de Moly dans l’Odyssée d’Homère.

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8. Quelques liens pour aller plus loin …

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